Un escargot à Manhattan

Bye Rémi, Lucien, Gilles

Trois disparitions m’ont terriblement affecté.

Rémi Cheval (1989-2021)

Quand je passais l’agrég’ de maths en 2014, on passait beaucoup de temps comme camarades à réviser, Lilian, Rémi et moi. Je garde un super souvenir de toute la promo. Rémi perfectionnait sans cesse ses fiches de révision. Enseigner, c’était sa vocation. C’est probablement la mienne. On voulait tout faire en LaTeX. J’avais même fait un site Web pour optimiser les couplages développement-leçon (un peu comme celui aujourd’hui développé par les agrégatifs de l’ENS de Lyon).

(Dans les hommages à Rémi il y avait cette photo que j’aimais bien ; bien plus tard, j’ai découvert que c’était moi qui l’avais prise.)

On avait même fait une séance de développements1 de maths et info à une finale Prologin, ha ha ha. Pauvres candidats !

Dans l’audience il y avait Théo Pierron, alors candidat Prologin, qui avait 18 ans, futur major de l’agrégation. (Bien sûr, je pourrais plaisanter comme Jean-Pierre Boudine et dire que c’est grâce à notre présentation qu’il a majoré l’agrég’.)

Rémi a eu un poste à Dunkerque, puis à Arras. On avait fait une visio pendant le Covid, il semblait un peu insatisfait, il voulait toujours améliorer son cours, atteindre plus d’élèves, simplifier son message. Et puis, un jour, il est mort dans un accident d’auto. Je suis allé voir son corps à Lens, il faisait -6 °C ressentis. C’était très touchant de lire les nombreux témoignages d’élèves. Il était passionné et très apprécié.

À ce moment-là, je me suis dit : tout ça, l’agrég’, l’ENS, n’a pas d’importance en fait. Il est d’usage de dire : quel gâchis.

Lucien Vie (1923-2022)

C’est particulier car (c’est mon père et) sa “disparition” m’a encore plus affecté lorsqu’il était encore en vie que lorsqu’il est mort. Les forces ont commencé à lui manquer quand j’ai soutenu ma thèse en 2016 et que je suis parti au Japon. Du coup je me suis rendu compte que c’était mon père plus jeune qui me manquait et que je ne reverrais plus (mais en même temps il m’a eu à 67 ans donc c’est pas évident).

Mon demi-frère Claude né en 1945 a partagé 60 % de sa vie. Moi seulement 32 % (dont 15 % en commun). Ce n’est pas une compétition, mais ça donne un ordre d’idée. Il y avait 67 % de sa vie que je ne connais pas, mais dont il m’a parlé à travers son livre, c’est un sacré cadeau qu’il m’a fait.

Je relativise en me disant que (il a eu une longue Vie voire plusieurs et) la personne qu’il admirait le plus au monde, c’était son père, parti en 1945, donc à ses 22 ans. (Il écrivait dans son livre “Mon fils arrive, mon père s’en va”. C’est exactement ce que je ressens.) Ça ne l’a pas empêché de vivre 99 ans, même si au bout d’un certain rang, tous ses amis sont morts.

Gilles Dowek (1966-2025)

Bon là j’ai dû chercher la date de naissance parce que les autres dates je connaissais par cœur.

C’est un mec qui s’est battu pour la discipline informatique. C’est probablement à cause de Serge Abiteboul et lui que j’ai voulu rejoindre Inria (et Jean-Christophe Filliâtre, même s’il n’est pas agent Inria hahaha, avec toutes ces unités mixtes de recherche c’est pas facile dans la tête des jeunes2) : mes profs préférés étaient d’Inria (ou agrégés).

Un jour, quand Serge et Gilles venaient de publier Le Temps des algorithmes, je leur ai proposé d’aller déjeuner. Lundi ? “Je suis aux US.” Mardi ? “À Buenos Aires.” Bon on a finalement trouvé une date, j’ai choisi le restau, et je leur ai posé quelques questions sur le processus d’écriture. Gilles avait apprécié le déjeuner copieux, et saute à la caisse pour payer pour tout le monde. “42 euros” “C’est tout ?” Bah oui qu’est-ce que tu crois, je suis étudiant moi.

Quand Gilles est parti, Serge a raconté (à l’occasion de leur rapport de l’Académie des sciences “il est urgent de ne plus attendre”) qu’un jour quelqu’un au ministère leur a demandé : “Mais pourquoi une agrégation d’informatique, plutôt qu’une agrégation de coréen ?” Là Serge était déconfit. Mais Gilles a répondu diligemment à la question, droit dans ses bottes, sans se rebiffer. Quand il est parti, je me suis dit : mais du coup, qui va défendre la discipline informatique ? Heureusement, il n’y a pas que Gilles (ah bon ?) il y a aussi par exemple Colin de la Higuera au conseil supérieur des programmes, Marc de Falco à l’inspection générale, et moi au CSEN. Sans doute d’autres efforts discrets mais réels.

Mais il faut se ressaisir. Je vais écrire le meilleur cours d’informatique possible (un moment je songeais à l’appeler Le Cours d’informatique de Richard Bellman en référence à Richard Feynman 😉), une proposition de programme d’informatique du cycle 1 au cycle 4, et si le gouvernement français n’en veut pas, je le vendrai (gratuitement) à l’Europe, à l’ACM ou en Afrique. Quand ç’aura porté ses fruits, peut-être après ma mort, peut-être que le gouvernement français se réveillera. Comme dit Serge : “On va gagner.”

Hâte de pleurer Gilles au congrès de la Société informatique de France les 4 et 5 juin 2026 à Nancy ! Adhérez !

(Premier jet fini à 10:24.)

  1. Démonstration d’un théorème en 15 minutes chrono. 

  2. Ça me fait penser à certains élèves qui me voient partout et qui se demandent : “Mais c’est qui ce mec ? Il est payé par qui ?” 

Karaoké

Karaoké à Vancouver

En décembre 2024, j’ai été à la conférence NeurIPS à Vancouver pour la première fois de ma vie. Sur l’app de la conférence il y avait (bon 15000 personnes et) tout plein de meetups improvisés “Jouez aux échecs” etc. Je scrolle en mode “Non ça va” puis je vois un meetup improvisé “Anime karaoké” avec une dizaine de personnes. Il se trouve que l’auteur du meetup ne pouvait plus s’en occuper. J’ai regardé les karaoké bars à Vancouver downtown, j’en ai trouvé deux qui semblaient à proximité de la conférence. J’ai proposé aux gens (qui venaient du monde entier), l’un d’eux a dit :

— Mais attends, dans les reviews ça dit que le catalogue de chansons est seulement en coréen !
— Quoi ? C’est pas possible !
— Ah non peut-être OK.

Puis on arrive sur place, comme c’était un peu compliqué vu qu’il y avait des gens qui arrivaient / repartaient, je dis : “On sera 11 la première heure, 9 la deuxième heure”. Puis je paie pour tout le monde (un truc comme 160 €). Et là les gens commencent à me rembourser avec soit des euros, soit du PayPal, soit des dollars canadiens, soit des yens, soit des dollars américains mdr. Puis on lance la liste de chansons, il y avait deux QR codes : un en anglais, l’autre . . . qui menait effectivement à un site Web coréen où on pouvait chercher n’importe quelle chanson, même en japonais, pour avoir le bon code à taper sur la karaoké box. La prophétie disait vrai !!

Au bout d’une heure, le staff (qui était coréen) m’a recadré en mode : “T’as payé pour 9, vous êtes 10, viens payer la différence.” :D

Concert de Yoko Kanno à Yokohama

Sedeto a fait un post sur sa rencontre de Yoko Kanno du coup ça m’a donné envie de coucher mes pensées sur le papier. Même si en l’occurrence il est précisément 2 h du matin et que je vais finir tout cela fissa sinon je passerai encore à autre chose.

Ça fait un bail que j’ai un (autre) post sur Yoko Kanno “L’impossible Yoko Kanno” dans mes brouillons. Si ça se trouve j’aurai même fini mon HDR avant ce post-là.

Je devais avoir 9 ans quand j’ai entendu depuis la chambre d’hôpital de mon père l’opening d’Escaflowne sur Canal+. Je ne comprenais pas comment une telle mélodie pouvait exister, ça transcendait l’espace et le temps, ce qui permettait une immersion totale dans la série.

Plus tard, j’ai découvert l’opening de Platinum de Cardcaptor Sakura, aussi de Yoko Kanno. Beaucoup plus tard, une copine de prépa m’a proposé de transcrire des musiques de Ghost in the Shell comme I do chanté par Ilaria Graziano (elle avait découvert la musique sur le site Coucoucircus) :

Encore beaucoup plus tard, quand j’étais seul en master dans ma minuscule chambre à Paris, j’ai regardé Cowboy Bebop et j’ai ressenti que je n’étais pas nécessaire à ce monde (ça m’a fait le même coup plus tard, en postdoc à l’autre1 bout du monde). Le petit moment Mélancolie de Haruhi Suzumiya.

En 2019, Flying Dog a fait un énorme concert à guichet fermé. Yoko Kanno était invitée, Sedeto est venue exprès, et puis BOUM on découvre le jour J que Yoko Kanno a la grippe ! Maaya Sakamoto a fait une intervention où elle a calmé tout le monde, ça a fait catharsis. C’est à 53:23 dans la vidéo suivante :

Une interprétation de Platinum absolument mémorable. En même temps dans Escaflowne, l’histoire veut que le réalisateur cherchait une chanteuse, qu’ils sont allés voir la seiyu de l’héroïne (Maaya Sakamoto) que ça a marché direct, et que ça a lancé son envol.

En 2020, j’ai effectivement cuisiné des crêpes pour Yoko Kanno. Ça semble lui avoir plu. Je les lui ai envoyées par mail (j’aurais dû essayer le fax).

En 2024, j’ai pu assister à son concert à Yokohama. On était au premier ranggggg (merci JM). Le concert commence avec Yoko débonnaire qui interprète des musiques iconiques de Cowboy Bebop. Et puis soudain, curieusement, une chanteuse mystérieuse apparaît. Yoko Kanno joue les premières notes : c’est I do. La chanteuse était donc Ilaria Graziano. Absolument magique. Je n’aurais jamais cru ni espéré entendre ce morceau en live de toute ma vie.

Sakanaction

Un jour de 2018, j’étais dans mon bain à Tokyo. Bon il se trouve que mon bain avait des hauts-parleurs, ne me demandez pas pourquoi, j’ai découvert ça par hasard. J’avais les recommandations de YouTube en roue libre. Et puis un moment une grosse intro rétro retentit. La musique a du peps. Après mon bain j’enquête, il s’agissait de Shin Takarajima de Sakanaction, l’ending du live-action de la série Bakuman. Une vidéo de centaines de millions de vues.

Le clip était assez drôle. Je me suis abonné à la chaîne. Un an plus tard ils ont sorti un nouveau clip, Wasurerarenaino. Je l’ai écouté en boucle à New York.

En fait la plupart de leurs musiques sont electro pop, le chanteur chante super juste, la bassiste est cool. Ils mélangent les genres (y a du a cappella dans certaines musiques). Ça fait 20 ans qu’ils existent.

Pendant la pandémie ils ont fait un concert en ligne comme tous les bons groupes. Ils ont aussi fait plein de diffusions gratuites de leurs lives. J’avais acheté un paquet de DVD et ils me sont arrivés dans une boîte en polystyrène mdr (bah oui, sakana !) avec écrit dessus “LIVE FISH”.

En 2025 je les ai enfin vus. Il y avait une nouvelle musique qui s’est révélée être l’opening de Chi, l’anime sur l’héliocentrisme dont je parlais dans un précédent post. Plus tard, à la fin de l’année j’ai découvert deux choses : que Sakanaction était convié à l’émission de fin d’année Kohaku Uta Gassen, et que juste avant cette émission un documentaire d’une heure trente était dédié à la dépression du chanteur du groupe, Ichiro Yamaguchi. Ils l’ont suivi pendant 3 ans de sa maladie (je ne comprends pas comment on puisse être suivi par la chaîne nationale pendant sa maladie, sauf si on souhaite faire ça pour les autres, ce qui était son cas). J’ai pu le voir sur le site de la NHK grâce aux traductions des softsubs en temps réel dans le navigateur. (Enfin, du coup j’avais que les softsubs qui n’étaient pas déjà hardsubs, soit à peu près la moitié de la conversation, c’était un exercice sympa.) C’est pour soigner sa dépression que le chanteur fait des live réguliers sur YouTube. Il a besoin d’être constamment en contact avec les fans, qui sont souvent 70000 en live.

Dans le dernier en date, on apprend en outre que Sakanaction est le premier groupe de musique à avoir obtenu un Japan Academy Prize pour la meilleure musique de film (Bakuman.), un an avant RADWIMPS (Your Name).

Il fait chaque live en se disant que c’est son dernier, et chante car c’est sa façon de s’exprimer.

  1. C’est drôle car je suis actuellement à cet autre bout du monde. 

Chercheurs vs. influenceurs

Je me suis posé quelques questions innocentes :

Chercheurs vs. influenceurs

(Prompt) Est-il OK de dire que les chercheurs sont les équivalents des influenceurs d’aujourd’hui ? En termes de créateurs de contenu ; qui sont les premiers chercheurs ?

Alors évidemment, la méthode scientifique est différente. Mais sur certains aspects, le fait que le chercheur coure après les citations et que sa communication soit importante pour exister fait penser aux influenceurs. Évidemment, on a aussi des charlatans, donc on pense aux revues avec évaluation par les pairs. Mais lorsque ces pairs sont des bots (cf. The Guardian, Nature), ou lorsque des papiers extrêmement influents sont restés à l’état de preprints ou position papers, on peut se permettre de faire l’analogie.

Un LLM m’a donné l’exemple que pendant la crise de COVID, les chercheurs ont expliqué des études sur les réseaux sociaux, parfois sur YouTube, qu’il y a eu une explosion des preprints (parfois des falsifications de résultats d’ailleurs, je me rappelle The Lancet), et ce au milieu de charlatans.

Beaucoup de chercheurs ont découvert la face sombre de la notoriété : insultes, menaces de mort et cyberharcèlement.

Ça me fait penser à deux choses :

  • Vincent Lindon : “Je pense qu’aujourd’hui, les intellectuels se taisent et leur silence est assourdissant. Les grands intellectuels, qui ont du courage, qui haranguent les foules… ça manque.”
  • Cette merveilleuse note du comité d’éthique du CNRS : “Entre liberté et responsabilité : l’engagement public des chercheurs et chercheuses”

L’influenceur cherche souvent à générer un revenu ou une notoriété rapide. Le chercheur cherche (en théorie) à atteindre une vérité objective ou à résoudre un problème complexe, souvent sur des temps très longs (des décennies parfois).

Mais dans certaines périodes de sa vie, le chercheur peut être amené à devoir publier très vite sous peine de devoir trouver un autre métier. Il existe des joutes entre écoles de pensées (Rocq vs. Lean :p) qui ne sont pas aussi médiatisés que les débats entre influenceurs, mais qui existent bien. Et puis parfois, des querelles d’ego.

Galilée et les héliocentristes

J’ai regardé l’anime Orb: On the Movements of Earth. Ça raconte l’histoire des héliocentristes du XVe siècle qui étaient considérés comme hérétiques par l’Église (l’anime insiste sur leur traque et persécution). Je dirais même que le personnage principal est une idée qui fait tout pour survivre et qui est transmise d’un humain à un autre. J’ai passé un excellent moment (générique de Sakanaction) même si sur la fin ça part un peu sur la foi. On assiste notamment à l’arrivée de l’imprimerie. Aux femmes qui font de la recherche en cachette de peur d’être prises pour des sorcières. Des gens peuvent être recrutés pour leurs facultés exceptionnelles : la vue (ben oui, sans bonne vue, comment faire de l’astronomie, hein, dans une ère sans lunettes). Dans la série, il y a même un chercheur qui est contre la démocratisation de l’écriture de peur que les gens écrivent des conneries :) Il y a certainement un parallèle à faire avec l’IA.

La première revue scientifique est la Royal Society’s Philosophical Transactions (1665). C’est marrant parce que j’avais déjà fait un thread dessus il y a quelques années :

On a l’impression que les chercheurs étaient principalement des révérends genre Bayes ; peut-être parce qu’ils faisaient partie des rares à avoir l’autonomie financière ; c’étaient peut-être les premiers anthropologues.

[Les scientifiques] créent du contenu non pas pour divertir, mais pour bâtir le socle de nos connaissances communes.

Ça me fait penser au collègue qui dit travailler plus pour prouver plus.

Alors que les savants écrivaient en latin, Galilée avait fait le choix de rédiger le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde (1632) en italien vernaculaire. Il avait compris le pouvoir de la visibilité publique, et voulait que le peuple comprenne ses idées.

L’Église contestait son influence et lui a intenté un procès en 1633 (il avait 69 ans, c’était 9 ans avant sa mort). En publiant en italien et en ridiculisant les géocentristes, son “contenu” a été censuré et il a été condamné à la résidence surveillée à vie.

Darwin, le teasing le plus long de l’histoire (20 ans d’attente)

(Je vérifierai ce qui est écrit au fur et à mesure.)

Darwin est rentré de son voyage en 1836 avec les pinsons des Galápagos. Terrifié par les réactions, il a gardé ses carnets secrets et a accumulé des preuves. Lorsqu’un jeune, Alfred Russel Wallace, lui a envoyé une lettre avec la même idée, Darwin décide de publier L’Origine des espèces en 1859.

Le premier tirage a été epuisé en un jour. Les médias ont fait un raccourci médiatique en disant qu’il avait écrit “L’homme descend du singe”. Il s’est fait caricaturer dans les journaux satiriques mais ça a contribué à son buzz.

Il envoyait aux débats publics Thomas Henry Huxley (son “bouledogue”) pour défendre ses idées et restait tranquillement dans sa maison de campagne pour répondre à ses fans et détracteurs par courrier (15000 lettres).

Marie Curie

Sa vie et sa page Wikipédia sont dingues. Je suis trop fan.

Marie Curie en 1903 : bon j’ai découvert deux éléments, est-ce que je peux avoir ma thèse maintenant ? “Oui et voici aussi un premier prix Nobel” (la même année)

  • 1903 premier Nobel (avec son mari Pierre1 et un autre mec)
  • 1906 Pierre Curie meurt renversé par un cheval ; du coup Marie devient la première femme prof à la Sorbonne
  • 4/11/1911 un scandale éclate : liaison extraconjugale avec Paul Langevin (lettres volées par son beau-frère), l’extrême droite blabla, le ministre de l’instruction publique lui souhaite même de retourner en Pologne
  • 8/11/1911 deuxième prix Nobel ; le comité lui dit : “Mais je vois que vous êtes au cœur d’un scandale, ne vous sentez pas obligée de venir le chercher hein” “Si si j’arrive”

Pendant la Première Guerre, elle est allée sur le terrain (avec sa fille de 19 ans ? Irène Joliot-Curie) avec ses petites unités de radiologie mobile (“Petites Curie”) pour repérer les impacts de balle sur les soldats blessés.

Elle s’est fait une pote journaliste, Marie Meloney, qui a fait en 1921 un crowdfunding auprès des femmes américaines pour récolter 100 000 dollars (1 million de francs or) pour acheter un gramme de radium aux US et fonder l’institut du Radium en France.

Pierre et Marie Curie ont refusé de déposer un brevet sur la découverte du radium.

Le radium ne doit enrichir personne. C’est un élément, il appartient à tout le monde.

Open source comme dit l’autre LLM, là.

Oppenheimer

D’après le LLM, Oppenheimer a fait un gros casting de stars dans une “content house” géante sous surveillance militaire. Le but était de faire travailler ensemble ces ego surdimensionnés pour produire un résultat unique : la bombe.

Il s’est fait cancel pour des raisons politiques. Une fois que la technologie est diffusée dans le monde, le chercheur en perd le contrôle.

La grande question pour le futur : Comment rester un chercheur crédible (qui doute par définition) tout en étant un influenceur efficace (qui doit souvent affirmer pour être entendu) ?

Source : cette conversation avec Gemini.

  1. Pierre Curie s’est battu pour que sa femme ait aussi le prix. 

Jeux vidéo, le 10e art

Je me suis posé quelques questions innocentes :

Jeux vidéo vs. opéra

Dans la classification des arts, on avait Hegel au XIXe siècle qui voulait aller de l’art le moins expressif mais le plus matériel à l’art le plus expressif mais le moins matériel :

  1. l’architecture
  2. la sculpture
  3. la peinture (qui s’est généralisée aux arts visuels : dessin, photo, graphisme, gravure, web design, etc.)
  4. la musique
  5. la littérature, la poésie, etc. tout ce qui se rattache à l’écriture

Il avait pris soin d’exclure (pourquoi ?) la danse notamment. Mais aujourd’hui on en est à :

  1. les arts de la scène : danse, théâtre, etc.
  2. le cinéma
  3. “les arts médiatiques” (notamment radio et télévision) qui incluent un composant technologique
  4. la bande dessinée
  5. les jeux vidéo, l’art numérique, le multimédia

Apparemment il y a consensus jusqu’au 7e art (1 et 2 : la saillie, 3 : la ligne et la couleur, 4 : la mélodie, 5 : l’écriture et prononciation, 6 : le mouvement, 7 : la lumière). Après, c’est un peu le bordel. Même la page Wikipédia sur art médiatique est synonyme avec art numérique. Je suppose qu’art médiatique fait référence aux ondes et à la diffusion des émissions, tandis que numérique fait référence à la diversité des formats (et surtout, à la programmation informatique !). Je suppose qu’il faut aussi distinguer cinéma en prises de vues réelles et cinéma d’animation (pour lequel Walt Disney, Isao Takahata et Hayao Miyazaki ont dû inventer tout plein de choses, de procédés, d’organisation pour passer la production à l’échelle).

L’opéra date du XVIIe siècle (1607 Orfeo de Monteverdi, après l’essor de l’imprimerie musicale en 1501).

L’opéra proprement dit émane d’un groupe de musiciens et d’intellectuels humanistes florentins qui s’étaient donnés le nom de Camerata (« salon » en florentin). La Camerata, appelée aussi Camerata fiorentina ou encore Camerata de’ Bardi, du nom de son principal mécène, s’était fixé deux objectifs principaux : faire revivre le style musical du théâtre grec antique et s’opposer au style contrapuntique de la musique de la Renaissance. En particulier, ils souhaitaient que les compositeurs s’attachent à ce que la musique reflète, simplement et mot pour mot, la signification des textes, les mette en valeur et non les rende incompréhensibles par la complexité des architectures sonores de son accompagnement. La Camerata pensait reprendre en cela les caractéristiques de la musique grecque antique.

L’industrie du jeu vidéo rapporte plus que celle du cinéma, depuis 1997.

J’ai suivi les Game Awards où Expédition 33 a été sacré, il y avait 1 million de spectateurs en live ! J’ai fini les 5 heures de cinématiques, c’est vraiment une des plus merveilleuses histoires qui soient, merveilleusement racontée, par une dream team internationale et pas seulement montpelliéraine. C’est leur exploit qui m’a inspiré ce post.

Le fait qu’il y ait aux Game Awards un prix décerné best performer repose la question de qui est vraiment l’acteur : celui qui est en motion capture, ou celui qui donne sa voix ? Certains souhaitent réformer et récompenser un meilleur personnage, plutôt qu’un best performer.

Je vous conseille chaudement la lecture de la page Wikipédia sur l’art numérique. Elle fait notamment référence au fait que :

Les arts numériques utilisent les technologies et logiciels de leur temps, et le renouvellement incessant des produits ainsi que l’obsolescence programmée des matériels peuvent rendre difficile, voire impossible la maintenance des œuvres.

J’ai donc une petite pensée pour tout ceux qui ont créé des œuvres en Flash. On dirait que archive.org essaie d’émuler du Flash sur certaines vieilles pages.

Et la page Code créatif m’a inspiré le prompt suivant :

Prompt: Fais un graphe graphviz à partir de personnes qui ont joué un rôle clé dans le
développement de l'art numérique ; n'hésite pas à le compléter en ajoutant d'autres personnes :  
1969 logo Seymour Papert
MIT Maeda  
john maeda (1966-) et ses étudiants  
2001 processing 2001 Casey Reas / Ben Fry => P5js

Résultat :

  • L’ancêtre (LOGO) : Seymour Papert a introduit l’idée que le code n’est pas seulement pour les mathématiciens, mais un outil d’apprentissage et d’expression (la “tortue” LOGO).
  • Le passage au Design : John Maeda a formalisé cela pour les artistes avec Design By Numbers, transformant le code en matériau plastique.
  • La démocratisation (Processing) : Ses étudiants, Casey Reas et Ben Fry, ont créé Processing, qui est devenu le standard mondial pour l’enseignement du code aux artistes.
  • L’ère moderne (p5.js) : Lauren McCarthy a ensuite porté cette philosophie sur le web avec p5.js, rendant l’art numérique accessible directement dans le navigateur sans installation logicielle.

J’aime bien ce que l’artiste Grégory Chatonsky écrit (écrivait ?). Notamment sur Stiegler.

Maiko, geisha et japanese idols

Bon je voulais un peu compenser le ton de mon post précédent avec un post encore une fois trop gros pour moi. Du coup je vais le découper en trois parties afin de dormir un peu entre chaque.

Je me suis posé quelques questions innocentes :

Geisha vs. idols

Dans le cadre d’une conférence, j’ai eu l’occasion rare d’assister à un concert de shamisen avec une danse de maiko et geisha. Pour rappel, les geisha sont des artistes qui consacrent leur vie à la pratique artistique (chant, danse, shamisen). Les maiko sont des apprenties geisha. Il y en avait 80000 avant la seconde guerre mondiale avant mais maintenant plutôt de l’ordre de 300 à Kyoto (70 maiko, 200 geisha en 2006).

J’ai lu que les apprenties rejoignent les maisons dès 15 ans pour apprendre l’art pendant cinq ans, avec peu de contact avec le monde extérieur (pas de smartphone). Elles se lèvent à 8 h 30 ou 9 h 30 pour aller en formation la journée, puis le travail commence de 18 h à minuit. Le temps de rentrer etc. elles se couchent entre 2 et 3 h du matin ! Elles ont 2 jours de congés par mois et voient leur famille 2 à 3 fois par an.

Je lisais : “[La maiko] pourra même quitter la maison une fois qu’elle aura remboursé les frais avancés par l’okaasan” et je me suis dit : ah oui c’est comme pour les normaliens, avec leur engagement décennal.

Je me suis dit que c’était marrant que les geisha et japanese idols coexistent, car ce sont des analogues à des périodes bien différentes (période d’Edo il y a 300 ans), avec beaucoup de similarités.

Saviez-vous qu’il est interdit de prendre en photo certains quartiers traditionnels de Kyoto à Gion suite au harcèlement de geishas en 2019 (des touristes qui tiraient sur leurs kimonos, les poursuivaient avec leurs appareils photos, arrachaient leurs ornements de cheveux, ou même les frappaient avec leurs mégots de cigarettes) ?

Évidemment c’est en écrivant ce post que (via la page Wikipédia en anglais de maiko) je suis tombé sur la lanceuse d’alerte Kiyoshi Kinozawa, ex maiko, qui a dénoncé (en particulier aux Nations Unies) les dérives de ce système un peu comme la série Oshi no Ko dénonce les dérives du showbiz des japanese idols :